L’émancipation,
une construction consciente.

L’Afrique s’organise autour de l’IA : qui décide, qui finance ?

Groupe de professionnelles adultes en réunion autour d’ordinateurs portables

L’Afrique a désormais une stratégie continentale pour l’intelligence artificielle. Mais qui transforme cette vision en décisions, en infrastructures et en services utiles ? Entre l’Union africaine, les États, Smart Africa et les enceintes mondiales, la coordination prend forme. Son épreuve décisive sera l’exécution.

Une IA capable de fonctionner dans les langues africaines, d’aider un enseignant ou d’améliorer un service de santé ne naît pas d’une déclaration politique. Il lui faut des données fiables, des chercheurs, des capacités de calcul, de l’électricité, des règles de protection et des financements. C’est à cette chaîne complète que s’attaque la coordination africaine. Elle pose aussi une question de pouvoir : qui fixe les priorités, qui possède les outils et qui profite de la valeur produite ?

Une stratégie commune adoptée en 2024

Le point de départ institutionnel est clair. Les ministres africains chargés de la communication et des technologies ont approuvé une stratégie continentale sur l’IA en juin 2024 ; le Conseil exécutif de l’Union africaine l’a ensuite entérinée à Accra, les 18 et 19 juillet. La Stratégie continentale de l’UA donne aux États une orientation commune : développer des compétences, des données, des infrastructures et de la recherche, tout en encadrant les risques de discrimination, d’atteinte aux droits ou d’utilisation malveillante.

Cette stratégie s’inscrit dans un ensemble plus large : la Stratégie de transformation numérique de l’Afrique pour 2020-2030, le cadre de l’UA sur les données et le Pacte numérique africain, également adopté en 2024. L’IA ne peut donc être pensée isolément de la connectivité, de la circulation des données ou de la cybersécurité.

Le texte continental est un cadre d’action, pas une loi unique qui s’appliquerait automatiquement à tous les pays. Les gouvernements doivent traduire ses priorités dans leurs politiques nationales ; l’UA, ses institutions spécialisées et les communautés économiques régionales doivent faciliter la coopération et le suivi. La stratégie prévoit une première phase de mise en place en 2025-2026, puis une évaluation et la poursuite des projets. Sa portée réelle dépendra des budgets, des institutions et des résultats publiés.

Qui coordonne quoi ?

La Commission de l’Union africaine anime le cadre politique continental et représente une voix africaine dans les discussions internationales. Les États gardent la responsabilité des lois, de l’éducation, des marchés publics et des investissements sur leur territoire. Les communautés régionales peuvent rapprocher leurs règles et partager leurs compétences. Cette architecture est moins spectaculaire qu’un « ministère africain de l’IA », mais elle correspond au fonctionnement réel de l’Union.

Immeubles modernes et tours du centre-ville de Kigali, au Rwanda
Kigali, ville hôte du sommet africain sur l’IA en avril 2025. Photo d’illustration : Christian NZAYISENGA / Pexels.

Un autre cercle s’est dessiné à Kigali. La Déclaration africaine sur l’intelligence artificielle du 4 avril 2025, issue du Sommet mondial de l’IA sur l’Afrique, soutient la création d’un Conseil africain de l’IA dans le cadre de Smart Africa, avec un rôle de pilotage associant la Commission de l’UA et l’Union internationale des télécommunications. Elle propose aussi des travaux communs sur les talents, les jeux de données, les capacités de calcul et les règles. Il faut lire ces dispositions comme des engagements et des propositions institutionnelles : le texte, à lui seul, ne démontre ni que tous les dispositifs fonctionnent déjà ni qu’ils disposent de leur financement.

La même déclaration annonce un fonds africain pour l’IA de 60 milliards de dollars, à mobiliser auprès de capitaux publics, privés et philanthropiques. Ce chiffre exprime une ambition de financement, pas un montant que l’on peut présenter comme déjà versé. C’est précisément là que se jouera la crédibilité de la coordination : publier les mécanismes, les engagements effectifs et les projets financés.

Kagame et AI for Good : une tribune mondiale, pas un organe de l’UA

Le président rwandais Paul Kagame copréside, avec Marc Benioff de Salesforce, la Commission mondiale AI for Good, lancée en juillet 2026 sous l’impulsion de l’Union internationale des télécommunications. Doreen Bogdan-Martin, secrétaire générale de l’UIT, en est vice-présidente. La commissaire de l’UA chargée des infrastructures et de l’énergie, Lerato Mataboge, a participé à sa première réunion. Cette présence donne à l’Afrique un espace pour défendre l’accès à l’IA et ses usages de développement.

La distinction compte : cette commission est mondiale et multipartite. Elle ne remplace ni la stratégie de l’Union africaine, ni les décisions des États, ni le Conseil africain de l’IA envisagé à Kigali. Pour l’Afrique, son intérêt dépendra de ce que cette visibilité internationale apporte aux priorités définies sur le continent : transfert de compétences, coopération scientifique, accès aux infrastructures et capacité de peser sur les normes. L’UA présente la participation de sa commissaire comme un moyen de porter ces enjeux dans la commission.

En 2026, le passage de la stratégie à l’action

La sixième session du comité technique de l’UA chargé de la communication et des TIC, réunie à Libreville du 26 au 29 octobre 2026, montre le changement de phase. Son ordre du jour comprend des projets de plan d’action, de plan d’investissement et de financement pour la stratégie sur l’IA, ainsi que des lignes directrices sur sa gouvernance. Ces documents étaient soumis à examen ; il serait prématuré de les présenter tous comme déjà adoptés.

Dans son communiqué du 30 octobre 2026, l’Union africaine rapporte que les ministres ont appelé à accélérer les investissements et la mise en œuvre des engagements numériques. Le message est révélateur : les orientations existent ; il faut maintenant financer la fibre, les centres de données, le calcul, la recherche et la formation, puis suivre les effets pour les citoyens.

À quoi reconnaître une coordination qui fonctionne ?

Il faudra regarder au-delà du nombre de sommets. Les universités et les centres de recherche africains pourront-ils accéder à des moyens de calcul et former davantage de spécialistes ? Les données nécessaires à l’agriculture, à l’éducation ou à la santé seront-elles utilisables dans le respect de la vie privée ? Les outils prendront-ils en compte les langues et les situations locales ? Les administrations pourront-elles acheter et évaluer des solutions conçues sur le continent ?

La question éducative est centrale. La déclaration de Kigali prévoit des parcours de formation à l’IA pour les jeunes, des cursus universitaires adaptés et une sensibilisation du public aux bénéfices comme aux risques. Une politique continentale sérieuse devra permettre aux enseignants, aux élèves et aux chercheurs d’évaluer les outils, de comprendre leurs limites et de participer à leur conception.

Le communiqué du dialogue de l’UA tenu à Addis-Abeba en mai 2025 appelle à développer ensemble infrastructures, jeux de données de qualité, calcul, compétences et recherche. Il demande également des mécanismes de coopération et de protection des droits. C’est une feuille de route exigeante : aucun pays ne peut tout construire seul, mais la coopération doit laisser aux sociétés africaines la maîtrise de leurs choix.

La mesure de cette organisation sera simple : voir apparaître des capacités partagées, des règles applicables et des usages qui répondent à des besoins africains. L’Afrique a commencé à parler d’IA d’une voix plus coordonnée. Reste à donner à cette voix des moyens, des comptes à rendre et des résultats vérifiables.

Photo de couverture : Christina @ wocintechchat.com / Unsplash (photo d’illustration).

La méditation plutôt que la punition pour enfants turbulents

Dans une école du West Baltimore aux États-Unis, une nouvelle pédagogie est adoptée pour calmer les enfants.

 

Dans une salle d’oreillers et de lavande, une élève du primaire se promène enragée. Un autre élève se moquait d’elle, puis une altercation : ils se poussent et se donnent des noms d’oiseaux. Mais plutôt que d’être puni ou envoyé chez le directeur, son professeur l’a envoyé ici, dans la salle de méditation de la Robert W. Coleman Elementary School.

Lunii, Fabrique à Histoires

« J’ai respiré profondément, pris une petite collation et je me suis rapproché de moi-même », se souvient le garçon. « Puis je me suis excusé pour ma classe. »
Il est l’un des nombreux enfants qui méditent dans ce que cette école élémentaire de West Baltimore appelle sa « Mindful Moment Room » (Salle des moments de concentration) , un espace chaleureux et très éclairé parsemé de coussins de sol pourpres, de tapis de yoga et de senteurs d’huiles essentielles.

Les enfants ici s’étirent, font du yoga et pratiquent la respiration profonde. Plus important encore, disent les employés, ils acquièrent la capacité d’être attentif et calme. Et face à tant d’adversité, certains de ces enfants arrivent à passer outre :
« Quand je suis en colère contre quelque chose ou quelqu’un, je respire profondément, je continue à faire mon travail et à mettre tout le monde à l’écart », a déclaré Dacari Crawford, 9 ans. « Cela vous donne une bonne confiance en soi lorsque vous devez faire quelque chose d’important. »

 

I. Stressé et en difficulté

Selon le recensement américain, près du quart des habitants de Baltimore vivent sous le seuil de pauvreté. Et à Coleman – à seulement quelques pâtés de maisons des gens qui sont descendus dans la rue après le décès de Freddie Grey l’année dernière – plus de 80% des étudiants sont bénéficiaires des déjeuners gratuits ou à tarif réduit.

« Certains de nos enfants sont sans abri. Certains d’entre eux viennent à l’école après avoir été privés de lumière ou de nourriture. Ils voient des crimes se dérouler dans leur quartier », a déclaré la directrice, Carlillian Thompson. « Nous essayons donc très fort ici de faire de ce lieu un lieu où les enfants se sentent en sécurité et où leurs besoins sont satisfaits. »

Les membres du personnel de la Holistic Life Foundation, l’organisation à but non lucratif derrière la Mindful Moment Room de Coleman, affirment qu’ils travaillent occasionnellement avec des étudiants dont les parents sont incarcérés. Parfois, les étudiants vivent entre des maisons en rangée encombrées – il en existe beaucoup à Baltimore.
« Un enfant est venu me regarder droit dans les yeux, sans émotions et a dit: « Mon grand-père s’est fait tirer dessus hier » », a déclaré le cofondateur de la fondation, Andres Gonzalez. « Vous pouvez donc imaginer ce que ces enfants affrontent quotidiennement »

II. Un oasis de calme

Les élèves qui perturbent les cours sont envoyés dans la salle Mindful Moment par leurs professeurs. Les membres du personnel de la fondation les encouragent à parler de ce qui les a conduits à leur renvoi de la classe, puis s’assoient pour des exercices de respiration. Ils ont pour instruction de fermer les yeux, d’inspirer et d’expirer profondément.

Un garçon de cinquième année vient d’être envoyé pour tapage pendant son cours de mathématiques. Michelle Lee, membre du personnel de la Fondation, lui demande de fermer les yeux et de prendre plusieurs respirations lentes et profondes.

« Vous sentez-vous plus calme? » demande Lee après quelques minutes. « Oui », répond le garçon en hochant la tête.
Il retourne ensuite en classe. Le lendemain, il revient pour d’autres exercices de respiration.
« Nous avons quelques voyageurs fréquents ici » a déclaré Lee.

III. Moins de renvois, aucune suspension

 

Bien qu’une salle de méditation ne soit pas un remède miracle au conflit des étudiants, ceux de l’école disent qu’elle a fait des merveilles pour leur environnement d’apprentissage et leur productivité.

« Lorsque les enfants arrivent ici, ils sont tous tapageurs et gaffeurs », a déclaré Dacari, un élève de troisième année qui utilise la salle Mindful Moment Room depuis sa création à l’école il y a trois ans. « Quand ils quittent la pièce, ils sont calmes et tranquilles et prêts à faire leur travail. »

Avant la salle Mindful Moment, les étudiants en difficulté étaient envoyés en détention ou au bureau du directeur. Mais depuis qu’elle a rendu la salle de méditation disponible, elle a rarement vu des enfants pour des problèmes de discipline.
« Cela a eu un impact énorme », dit-elle. Et pour ce que ça vaut, Thompson dit qu’elle n’a eu aucune suspension depuis la création de la salle. L’année précédente, il y avait quatre suspensions.

 

IV. Eloignement et prise de conscience

L’accent mis par l’école sur la pleine conscience va au-delà d’une salle de méditation. Tous les enfants de Coleman commencent et finissent leur journée d’école avec une méditation guidée de 15 minutes sur l’interphone. Ils ont également la possibilité de pratiquer le yoga pendant et après les cours.

Prenant note du succès de Coleman, la Patterson High School, à East Baltimore, a créé sa propre salle Mindful Moment, où les étudiants peuvent faire du yoga ou simplement décompresser après une journée d’école.
Gonzalez dit que lui et les autres co-fondateurs veulent aller plus loin dans leur programme. Ils prévoient d’ouvrir des salles Mindful Moment dans d’autres écoles au cours des prochaines années. Et ils aimeraient éventuellement adopter leur programme à l’échelle nationale.

 

 

V. Est-ce que cela aide vraiment ?

 

Les chercheurs ont documenté les effets bénéfiques de la méditation sur le cerveau des adultes, explique Tamar Mendelson, professeure agrégée à la faculté de santé publique Johns Hopkins Bloomberg, spécialisée en santé mentale.

Une étude publiée dans JAMA Internal Medicine en 2014 suggère que la méditation en pleine conscience peut aider à atténuer les facteurs de stress psychologiques tels que l’anxiété, la dépression et la douleur.
La recherche sur les enfants, cependant, en est encore à ses débuts, a déclaré Mendelson. « Nous ne sommes pas encore au point où nous pouvons dire que nous savons que cela fonctionne systématiquement », a-t-elle déclaré.
Cependant, depuis qu’elle a travaillé avec la fondation et étudié dans les salles Mindful Moment à Baltimore, elle a constaté l’impact de la méditation sur les enfants.

« Ces enfants qui font souvent face à des situations de stress élevé entrent à l’école en état d’alerte. Le système d’alarme de leur corps est activé, de sorte qu’ils peuvent être prêts à se battre ou à fuir et ne pas être en mesure de s’asseoir calmement et d’avoir de l’attention », a expliqué Mendelson.

Mais donner à ces enfants la chance de respirer profondément, de concentrer leur attention sur eux-mêmes plutôt que sur ce qui se passe à l’extérieur, peut être un moyen efficace de lutter contre le stress, d’améliorer l’attention et d’introduire le calme. Elle ajoute :  « Lorsque nous sommes assis avec douleur ou inconfort plutôt que d’agir, nous apprenons que les sentiments et les sensations vont et viennent. Nous n’avons pas nécessairement besoin d’agir sur eux tous. Nous avons une chance de faire une pause et de faire un choix réfléchi sur la façon de répondre.»

 

Sources :

www.enlightened-consciousness.com/

www.cnn.com

Le concept Ubuntu comme socle éducatif

Qu’est-ce qu’un être humain? Qu’est-ce qu’être humain? Voici les deux questions qui façonnent depuis la nuit des temps les civilisations du monde. Des réponses à ces questions découlent le rapport que l’on entretient avec la société et le monde. L’éducation est à la base de tout ça. Après avoir lu cet article, la conviction que la philosophie africaine Ubuntu est un socle civilisationnel incomparable ne vous quittera plus!

Ubuntu, la philosophie humaniste

Ubuntu dans la plupart des langues d’Afrique subsaharienne traduit l’essence  même de l’existence en tant qu’humain. C’est la faculté d’être et ainsi, en tant que umuntu (le singulier de abantu = les humains), d’être humain. Généralement, on le traduit par : « Je suis parce que les autres existent. » C’est donc la capacité de reconnaître en l’autre la même nature que la sienne propre. « Tu es un être humain comme moi. Ensemble, nous formons l’humanité. »

Découvrez comment Nelson Mandela l’a utilisée pour son combat de libération dans son livre: Un long chemin vers la liberté

Le refus de l’humanité, la base du système d’oppression

Or, justement c’est exactement cela, le refus de reconnaître en l’autre la même humanité que la sienne qui est à l’origine de toutes les formes de discriminations et d’inégalités. Lorsque l’on discrimine quelqu’un, c’est qu’on lui a nié des droits fondamentaux comme ceux définis par la plus ancienne déclaration universelle du droit à l’humanité qui est africaine. Il a fallu que les Occidentaux nient l’humanité des peuples sombres du monde pour les réduire en esclavage et/ou les exterminer. D’ailleurs il y a eut des débats sur la question de l’humanité des Amérindiens ( à Valladolid en 1550/1551 par exemple) et des Noirs d’Afrique pendant la période des razzias et traites négrières, par ceux-là même qui prétendaient représenter les « Lumières » et le progrès.

 

 

Exemple plus proche du quotidien : le cas des handicapés. Il est généralement convenu qu’un humain a deux jambes, deux bras, deux oreilles, deux yeux, un nez de deux narines, une bouche de deux lèvres …etc Si quelqu’un venait à ne pas correspondre à ces critères, on le considérerait comme « handicapé » ou « anormal ». De même pour les capacités intellectuelles. Ainsi, certaines sociétés et certaines personnes peuvent ne pas les considérer comme pleinement humains et donc se permettre de leur priver de leur droits élémentaires (santé, éducation, intégrité physique et morales …etc).

 

La communauté, facteur d’Ubuntu

En déclarant, « je suis parce nous sommes », la philosophie d’Ubuntu reconnaît non seulement la diversité mais surtout la complémentarité de l’humanité. C’est une base solide pour construire une société d’équité, de solidarité, de fraternité et de promotion de l’excellence collective.

En Afrique, on a l’habitude de dire qu’il faut tout un village pour éduquer un enfant. L’individu n’appartient pas seulement à ses parents, mais à la communauté. Ce qui permet de désindividualiser son identité. L’enfant existe littéralement parce qu’il appartient à un groupe plus large. Les décisions se font en collectif, les responsabilités sont collectives et la destiné commune. Cela permet à l’individualité de s’épanouir dans la collectivité, et la collectivité d’investir dans les individualités. C’est un cercle vertueux.

La vie communautaire est l’expression sociale du concept Ubuntu

Si nous éduquons nos enfants dans ce paradigme, comme l’ont été des générations des nos Aïeuls, nous pourrions retrouver notre essence d’humain, et quitter le paradigme qui nie notre humanité.

 

Team ELIMU

L’estime de soi et le talon d’Achille des Afrodescendants

Parmi tous les peuples qui existent sur Terre, il n’y a pas d’exemples encore vivants de peuples ayant autant subis la domination de la suprématie blanche que ceux issus du continent africain. Il ne s’agit plus de s’en plaindre, c’est un simple constat, un diagnostic du mal qui nous ronge. Pour se libérer et retrouver notre estime en soi, encore faut-il savoir que nous sommes esclaves, comme disait l’autre. Il est important pour nous autres, Afrodescendants de la diaspora, mais aussi ceux résidant sur le continent, de comprendre nos particularités.

Dans un précédent article déjà, nous avions évoqué la nécessité de spécialiser notre éducation, afin de relever le défi de notre siècle, la Renaissance Africaine. Comme le disait le Dr Amos Wilson, il y a des signes qui prouvent que nos peuples souffrent encore d’esclavage mental. Il faut dire aussi que tout est fait pour, au mieux ignorer sinon mépriser notre identité, notamment notre couleur de peau.

L’estime de soi est le nœud du problème, tout est fait pour détruire l’amour que l’on porte pour soi en tant qu’Afrodescendant, ou plutôt détourner cet amour vers les mêmes personnes qui nous ont mis dans cette situation. Pour casser notre estime en soi, il a fallu nous déconnecter avec notre propre personne : Soi. Nous souffrons donc cruellement d’une ignorance criante sur nous-mêmes, sur ce qui fait de nous ce que nous sommes : notre histoire, nos langues, nos cultures, nos sciences, nos religions, nos noms, notre savoir-vivre, notre médecine…etc

Cela se traduit par des comportements inédits dans l’histoire de l’Humanité, des comportements non seulement destructeurs mais qui vont totalement à l’encontre du bon sens, comme l’usage de produits nocifs pour nous éclaircir la peau ou nous lisser les cheveux par exemple ou la facilité que nous avons de nous entretuer, même lorsqu’il s’agit d’individus chargées de nous protéger. C’est notre propre image que nous rejetons et détruisons, et donc nous avons de la peine à faire confiance à notre propre semblable, celui qui est comme soi-même.

Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi votre fille voulait avoir les mêmes cheveux que ses copines blanches et qu’elle ne supporte pas l’idée de sortir avec ses cheveux au naturel ? N’avez-vous jamais pensé que cela pourrait avoir un lien avec les poupées blanches que vous lui achetiez quand elle était petite?

Ne vous posez-vous pas parfois la question : « Pourquoi mes enfants ne veulent pas avoir des liens avec ma terre d’origine? » Ne pensez-vous pas que cela peut être lié avec l’absence d’apprentissage de sa langue maternelle et l’ignorance totale de l’histoire de son pays d’origine?

Ne vous êtes-vous jamais posé la question sur l’origine du fait que nous sommes prêts à dépenser des fortunes chez Gucci, ou en boîtes de nuit mais que nous sommes incapables de consommer dans des commerces tenus par des membres de notre communauté?

Nous sommes les premiers à savoir que nous manquons d’unité dans nos communautés. Que faire alors? S’EDUQUER et S’ORGANISER!!

L’éducation que nous proposons se base sur la Connaissance produite par les acteurs historiques ou actuels de nos différentes communautés qui forment la mosaïque des peuples afro. Elle a pour but l’émancipation et l’épanouissement, communautaire comme individuel(le). Elle se veut recentrée sur nos problématiques propres, nos mémoires et dans un objectif d’union politique, économique, culturelle et sociale des peuples afro. C’est la plus grande peur du système de suprématie blanche dans lequel nous vivons encore aujourd’hui.

 

 

Nous proposons plusieurs moyens pour lutter contre la Miseducation of the Negro, concept développé par Carter G. Woodson :

Tout d’abord, pour bien comprendre ce que nous disons, il s’agit d’abord de soi-même se défaire d’un certains nombres de prénotions mûrement cultivés dans nos imaginaires. En effet, comment prétendre éviter les violences éducatives ordinaires sur l’enfant afrodescendant, tout en étant acteur du même système qui crée ces VEO?

Ensuite, lorsque nous avons saisi comment la suprématie blanche fonctionne, nous vous proposons un moyen pour parler au enfants du racisme sans les brusquer mais pour qu’ils comprennent dans quel monde nous vivons.

Au sein de leur scolarité et leur vie-péri-scolaire, il existe également des techniques que les professionnels de l’éducation peuvent utiliser pour booster le potentiel de nos petites têtes crépues!

Nous n’oublions pas non plus que grandir au sein d’une communauté, avec des personnes qui lui ressemblent permettent au bébé de s’épanouir.

Il existe évidemment beaucoup d’autres points à développer pour favoriser l’éducation des enfants afrodescendants, et c’est notre tâche à Elimu! Vous trouverez sur notre site, beaucoup d’élément pour vous soutenir de votre parentalité ou votre développement personnel, c’est un accélérateur de conscience noire.

 

 

Team ELIMU

Avec combien d’enseignants Afrodescendants hommes avez-vous grandi?

Vincent Cobb II et Rashiid Coleman sont les fondateurs de The Black Male Educators Convening, une organisation dont la mission est de tripler d’ici 2025 le nombre d’enseignants afrodescendants hautement efficaces dans les écoles publiques de Philadelphie. Cela inclu la conférence de fin d’année, le programme d’été rémunéré de deux ans et l’alliance des membres pour les éducateurs noirs, BMEC envoie un message clair: seulement 2% des enseignants sont afrodescendants et masculins – et ce n’est pas suffisant.

Du 12 au 14 octobre, la deuxième conférence annuelle du BMEC aura lieu pour promouvoir et célébrer le développement, le recrutement et la rétention des éducateurs de sexe masculin. La programmation de cette année comprend Marc Lamont Hill, journaliste, auteur, activiste et personnalité de la télévision; Dr. Chris Emdin, professeur agrégé et auteur de « Pour les Blancs qui enseignent dans le tieks… et le reste d’entre vous aussi »; Ericka Pittman, responsable marketing chez Aquahydrate Inc; Shavar Jeffries, avocat américain des droits civiques, et plus encore. En préparation de la conférence, nous avons rencontré les fondateurs pour en savoir plus sur leurs projets d’augmenter le pourcentage d’enseignants de sexe masculin afrodescendants à Philadelphie et au-delà.

Pourquoi croyez-vous important d’avoir plus d’enseignants afrodescendants dans la classe?
 
Il ne s’agit pas seulement de chiffres, de couleur de peau et de sexe, il s’agit d’un problème d’équité dans nos systèmes scolaires, qui se heurte souvent à des obstacles pour attirer et retenir des talents de qualité.

La main-d’œuvre scolaire est majoritairement blanche et nos districts scolaires publics sont de plus en plus afrodescendants. Les élèves méritent de voir une représentation plus réaliste de la société et lorsqu’ils nous voient (BME), ils voient plus de possibilités de ce qu’ils peuvent être. Les recherches montrent que les garçons afrodescendants issus de quartiers à faible revenu ont 39% plus de chances d’obtenir leur diplôme et de fréquenter l’université lorsqu’ils ont été impactés par un enseignant afrodescendants hautement efficace. Les taux de suspension diminuent et les étudiants afrodescendants sont plus susceptibles de mieux réussir à l’école. La représentation dans la classe compte!

Selon certaines informations, seuls 2% des enseignants du pays sont des hommes afrodescendants. De quelle manière votre organisation envisage-t-elle d’augmenter ce nombre d’enseignants de sexe masculin?
 
Nous élevons la voix des 2% grâce à notre travail de plaidoyer auprès des décideurs politiques et des leaders des systèmes où les BME ont la possibilité de partager les solutions La Fellowship s’est associée à plus de 20 organisations pour développer des programmes ciblés visant à renforcer considérablement la représentation et la rétention des hommes
afrodescendants tout au long du cycle de vie d’un éducateur. Ceci comprend:

  • L’alliance des membres de la fraternité – une fraternité d’éducateurs socialement conscients dévoués à la justice en classe.
  • Objectif: Un salon de l’emploi – une occasion annuelle pour les futurs éducateurs de sexe masculin de se connecter avec les meilleurs recruteurs de la région.
  • Protégé: les sections des lycéens développent la prochaine génération d’éducateurs de sexe masculin.
  • Les Prix Du Bois récompensent les éducateurs afrodescendants exceptionnels dans les écoles publiques du grand Philadelphie.
  • L’ordre du jour: la politique publique et la recherche pour aider à façonner le discours en faveur du recrutement, du développement et de la rétention des éducateurs de sexe masculin. Lisez nos dernières recherches ici.   

 En plus d’augmenter le nombre d’enseignants de sexe masculin afrodescendants, quels autres changements souhaiteriez-vous voir dans le domaine de l’éducation?

Nous devons inciter le pipeline à attirer plus de talents de qualité sur le terrain. Les districts scolaires, les instituts de formation des enseignants, les résidences pour les éducateurs réalisent tous que si nous voulons voir plus de diversité, nous devons offrir plus d’opportunités qui augmenteront les voies d’accès à l’éducation au-delà des voies traditionnelles. Dans l’ensemble, la profession de l’éducation a été dégradée par les enseignants eux-mêmes, qui parlent souvent des terribles conditions de travail, des rémunérations injustes et du stress élevé, mais nous pensons recadrer le travail. L’enseignement un acte révolutionnaire. Les écoles sont au cœur de notre lutte collective contre la longue histoire d’inégalité dans le pays.

Vous organisez une conférence en octobre. Qui devrait assister à cet événement?

BMEC se concentre sur le rassemblement des esprits et des influenceurs les plus brillants pour s’allier à notre mission, quel que soit votre secteur d’origine. Il s’agit d’une réunion qui n’est pas destinée aux hommes afrodescendants, mais à tous ceux qui croient en l’équité, à la justice sociale et à la réécriture du récit selon lequel l’enseignement est une profession méritante. Nous recherchons tous les éducateurs, étudiants et lycéens afrodescendants, ainsi que des chefs d’établissement, des décideurs, des activistes et des membres de la communauté qui peuvent contribuer à faire progresser notre cause en augmentant le nombre d’hommes afrodescendants dans les écoles. Deux pourcent ne suffisent pas! Cela doit être un effort collectif, même avec les entreprises partenaires et les célébrités qui voient comment avoir un enseignant afrodescendants dans la vie d’un étudiant peut faire toute la différence.

Un article de Kandia Johnson pour blackenterprise.com
Traduit par la Team OJAL