L’émancipation,
une construction consciente.

L’Afrique s’organise autour de l’IA : qui décide, qui finance ?

Groupe de professionnelles adultes en réunion autour d’ordinateurs portables

L’Afrique a désormais une stratégie continentale pour l’intelligence artificielle. Mais qui transforme cette vision en décisions, en infrastructures et en services utiles ? Entre l’Union africaine, les États, Smart Africa et les enceintes mondiales, la coordination prend forme. Son épreuve décisive sera l’exécution.

Une IA capable de fonctionner dans les langues africaines, d’aider un enseignant ou d’améliorer un service de santé ne naît pas d’une déclaration politique. Il lui faut des données fiables, des chercheurs, des capacités de calcul, de l’électricité, des règles de protection et des financements. C’est à cette chaîne complète que s’attaque la coordination africaine. Elle pose aussi une question de pouvoir : qui fixe les priorités, qui possède les outils et qui profite de la valeur produite ?

Une stratégie commune adoptée en 2024

Le point de départ institutionnel est clair. Les ministres africains chargés de la communication et des technologies ont approuvé une stratégie continentale sur l’IA en juin 2024 ; le Conseil exécutif de l’Union africaine l’a ensuite entérinée à Accra, les 18 et 19 juillet. La Stratégie continentale de l’UA donne aux États une orientation commune : développer des compétences, des données, des infrastructures et de la recherche, tout en encadrant les risques de discrimination, d’atteinte aux droits ou d’utilisation malveillante.

Cette stratégie s’inscrit dans un ensemble plus large : la Stratégie de transformation numérique de l’Afrique pour 2020-2030, le cadre de l’UA sur les données et le Pacte numérique africain, également adopté en 2024. L’IA ne peut donc être pensée isolément de la connectivité, de la circulation des données ou de la cybersécurité.

Le texte continental est un cadre d’action, pas une loi unique qui s’appliquerait automatiquement à tous les pays. Les gouvernements doivent traduire ses priorités dans leurs politiques nationales ; l’UA, ses institutions spécialisées et les communautés économiques régionales doivent faciliter la coopération et le suivi. La stratégie prévoit une première phase de mise en place en 2025-2026, puis une évaluation et la poursuite des projets. Sa portée réelle dépendra des budgets, des institutions et des résultats publiés.

Qui coordonne quoi ?

La Commission de l’Union africaine anime le cadre politique continental et représente une voix africaine dans les discussions internationales. Les États gardent la responsabilité des lois, de l’éducation, des marchés publics et des investissements sur leur territoire. Les communautés régionales peuvent rapprocher leurs règles et partager leurs compétences. Cette architecture est moins spectaculaire qu’un « ministère africain de l’IA », mais elle correspond au fonctionnement réel de l’Union.

Immeubles modernes et tours du centre-ville de Kigali, au Rwanda
Kigali, ville hôte du sommet africain sur l’IA en avril 2025. Photo d’illustration : Christian NZAYISENGA / Pexels.

Un autre cercle s’est dessiné à Kigali. La Déclaration africaine sur l’intelligence artificielle du 4 avril 2025, issue du Sommet mondial de l’IA sur l’Afrique, soutient la création d’un Conseil africain de l’IA dans le cadre de Smart Africa, avec un rôle de pilotage associant la Commission de l’UA et l’Union internationale des télécommunications. Elle propose aussi des travaux communs sur les talents, les jeux de données, les capacités de calcul et les règles. Il faut lire ces dispositions comme des engagements et des propositions institutionnelles : le texte, à lui seul, ne démontre ni que tous les dispositifs fonctionnent déjà ni qu’ils disposent de leur financement.

La même déclaration annonce un fonds africain pour l’IA de 60 milliards de dollars, à mobiliser auprès de capitaux publics, privés et philanthropiques. Ce chiffre exprime une ambition de financement, pas un montant que l’on peut présenter comme déjà versé. C’est précisément là que se jouera la crédibilité de la coordination : publier les mécanismes, les engagements effectifs et les projets financés.

Kagame et AI for Good : une tribune mondiale, pas un organe de l’UA

Le président rwandais Paul Kagame copréside, avec Marc Benioff de Salesforce, la Commission mondiale AI for Good, lancée en juillet 2026 sous l’impulsion de l’Union internationale des télécommunications. Doreen Bogdan-Martin, secrétaire générale de l’UIT, en est vice-présidente. La commissaire de l’UA chargée des infrastructures et de l’énergie, Lerato Mataboge, a participé à sa première réunion. Cette présence donne à l’Afrique un espace pour défendre l’accès à l’IA et ses usages de développement.

La distinction compte : cette commission est mondiale et multipartite. Elle ne remplace ni la stratégie de l’Union africaine, ni les décisions des États, ni le Conseil africain de l’IA envisagé à Kigali. Pour l’Afrique, son intérêt dépendra de ce que cette visibilité internationale apporte aux priorités définies sur le continent : transfert de compétences, coopération scientifique, accès aux infrastructures et capacité de peser sur les normes. L’UA présente la participation de sa commissaire comme un moyen de porter ces enjeux dans la commission.

En 2026, le passage de la stratégie à l’action

La sixième session du comité technique de l’UA chargé de la communication et des TIC, réunie à Libreville du 26 au 29 octobre 2026, montre le changement de phase. Son ordre du jour comprend des projets de plan d’action, de plan d’investissement et de financement pour la stratégie sur l’IA, ainsi que des lignes directrices sur sa gouvernance. Ces documents étaient soumis à examen ; il serait prématuré de les présenter tous comme déjà adoptés.

Dans son communiqué du 30 octobre 2026, l’Union africaine rapporte que les ministres ont appelé à accélérer les investissements et la mise en œuvre des engagements numériques. Le message est révélateur : les orientations existent ; il faut maintenant financer la fibre, les centres de données, le calcul, la recherche et la formation, puis suivre les effets pour les citoyens.

À quoi reconnaître une coordination qui fonctionne ?

Il faudra regarder au-delà du nombre de sommets. Les universités et les centres de recherche africains pourront-ils accéder à des moyens de calcul et former davantage de spécialistes ? Les données nécessaires à l’agriculture, à l’éducation ou à la santé seront-elles utilisables dans le respect de la vie privée ? Les outils prendront-ils en compte les langues et les situations locales ? Les administrations pourront-elles acheter et évaluer des solutions conçues sur le continent ?

La question éducative est centrale. La déclaration de Kigali prévoit des parcours de formation à l’IA pour les jeunes, des cursus universitaires adaptés et une sensibilisation du public aux bénéfices comme aux risques. Une politique continentale sérieuse devra permettre aux enseignants, aux élèves et aux chercheurs d’évaluer les outils, de comprendre leurs limites et de participer à leur conception.

Le communiqué du dialogue de l’UA tenu à Addis-Abeba en mai 2025 appelle à développer ensemble infrastructures, jeux de données de qualité, calcul, compétences et recherche. Il demande également des mécanismes de coopération et de protection des droits. C’est une feuille de route exigeante : aucun pays ne peut tout construire seul, mais la coopération doit laisser aux sociétés africaines la maîtrise de leurs choix.

La mesure de cette organisation sera simple : voir apparaître des capacités partagées, des règles applicables et des usages qui répondent à des besoins africains. L’Afrique a commencé à parler d’IA d’une voix plus coordonnée. Reste à donner à cette voix des moyens, des comptes à rendre et des résultats vérifiables.

Photo de couverture : Christina @ wocintechchat.com / Unsplash (photo d’illustration).

L’OJAL devient Elimu!

Pour beaucoup, si vous lisez ces lignes c’est parce que de près ou de loin vous connaissez l’OJAL. Que vous nous ayez connus depuis nos débuts en 2014 ou que vous venez de nous découvrir, que vous nous connaissiez à travers nos événements associatifs à Lyon ou à travers nos activités sur internet, vous êtes témoins d’une mutation : en effet comme la chenille devient papillon, nous tournons une page de vies de militants panafricanistes pour embrasser une nouvelle époque pleine d’aventures, l’Organisation de la Jeunesse de Lyon devient Elimu. Nous revenons dans cet article sur notre historique ainsi que les raisons de notre évolution.

 

Elimu est une plate-forme éducative numérique qui propose un nouveau regard sur l’éducation des personnes afrodescendantes. En effet, « elimu » est un mot swahili qui veut dire « éducation ». Le but est de promouvoir une éducation spécialisée pour personne d’ascendance africaine.

Cette plate-forme lancée en 2019 est le résultat de plusieurs années d’activités militantes et de réflexions personnelles et collectives.

Nous sommes deux frères, d’origine africaine qui depuis l’adolescence se posent des questions quant à leur place dans ce monde dominé par la suprématie blanche et l’hyper-capitalisme mondialisé. Très vite, la question de l’identité s’est fait ressentir car, comme la plupart des jeunes noirs évoluant dans un pays de Blancs, on nous renvoyait continuellement à nos origines et notre apparence. Vous connaissez sûrement tous les questions gênantes que les non-racisés peuvent poser au sujet de nos cheveux, notre peau, notre pays d’origine ou notre culture…

 

Le choix a été rapidement celui d’approfondir nos connaissances sur qui nous sommes en tant que garçons noirs et africains. Cette décision nous a conduites à la création d’une organisation panafricaniste dès 2014 qui se fit connaître dans la sphère afro-francophone sous le nom d’Organisation de la Jeunesse Afrodescendante de Lyon (OJAL).

L’organisation fonctionnait autour de trois pôles : Education, Black Business et Media et avec pour ligne directrice un programme politique que nous avons appelé « Initiative Communautaire » :

 

Les 5 principes fondamentaux :

UNITÉ :

Nous pensons que l’unité des populations afrodescendantes, où qu’elles se trouvent, ainsi que l’émergence d’une conscience communautaire sont des conditions sine qua non à l’élévation politique, économique, sociale et culturelle du continent et de la diaspora.

AUTODÉTERMINATION :

L’OJAL se positionne de manière ferme contre l’impérialisme et le paternalisme de toutes sortes. Nous promouvons de manière inconditionnelle l’indépendance réelle de notre peuple. Nous estimons que notre communauté a assez mendié, et qu’il est grand temps que nous comprenions qu’il est inadmissible que nous attendions que d’autres fassent pour nous ce que nous sommes amplement capable de faire pour nous-même et par nous-même.

SOLIDARITÉ ET RESPONSABILITÉ COMMUNAUTAIRE :

Il est impératif que notre communauté s’organise afin de créer de vrais réseaux de solidarité. Indéniablement les destins des populations afrodescendantes sont liés, il est donc dans notre intérêt de nous entraider et de collectiviser ressources et connaissances.

COOPÉRATION ÉCONOMIQUE :

L’OJAL est consciente que l’amélioration de nos destinés, ne passera que par la maîtrise de notre économie (promotion de l’auto-entrepreneuriat, soutien aux entreprises et institutions afro-descendantes) et la coopération productive. Notre communauté doit comprendre qu’elle s’appauvrit à chaque fois qu’elle dépense chez les autres. 

RAPATRIEMENT:

L’OJAL appel au rapatriement des forces vives de la diaspora vers notre continent (ou des territoires majoritairement noir). L’histoire des Afrodescendants prouve que l’offre d’intégration est hypocrite et mensongère, et affaiblit notre communauté au profit des autres.

 

Le but de l’OJAL était de créer une conscience communautaire dans la ville de Lyon, à travers un certains nombres d’activités de sensibilisation et de conscientisation à l’éducation politique afro diasporique (conférences, projection-débat, promotion du black business, micro-trottoir, programme de soutien scolaire …etc).

La team OJAL lors d’un événement de la promotion du Black Business en 2015

Cette organisation nous a permis de mettre en pratique nos idéaux et de les confronter à la réalité du terrain. Assez rapidement, nous étions connu dans la ville et les acteurs de la communauté (entrepreneurs, élus, présidents d’associations, étudiants …etc) nous sollicitaient régulièrement sur le thème du panafricanisme et de la revalorisation de soi. Nous étions la référence du « radicalisme noir » à Lyon, mais en France plus largement aussi.

L’OJAL faisant la promotion de l’Initative Communautaire à Lyon auprès des étudiants

C’est cependant sur internet que nous avons connu une plus grande exposition grâce à notre page Facebook qui regroupe 30 000 abonnés et notre site internet sur lequel nous publions régulièrement des articles sur l’histoire et l’actualité des Afrodescendants. Nous étions devenu une des organisations panafricanistes les plus influentes en France des 5 dernières années.

Notre réseau de partenaires et notre impact sur les membres actifs dans la communauté afro francophone venait consolider l’idée que nous étions sur la bonne voie.

Les cadres de l’OJAL avec le Dr. Umar Johnson

5 ans plus tard, forts de nos succès (le but de créer un eco-sytème afro communautaire à Lyon ayant été  globalement atteint) mais fatigués de cette vie ingrate de militants (sans salaire, reconnaissance pas à la hauteur des efforts …etc), l’un de nos co-créateur étant partis poursuivre ses activités de journaliste à Paris au sein de la rédaction du média NOFI, ce fût une opportunité pour nous de changer de format.

Nous visons maintenant bien plus large qu’une seule ville, nous visons les communautés afro de toute la planète, et nous nous concentrons sur la base du problème des Afrodescendants: l’éducation. C’est ainsi qu’est né Elimu qui se veut être l’ed-tech afro de référence, l’accélérateur de consciences noires dont le 21ème siècle à tant besoin.

Un an après sa création, Elimu devient internationale puisqu’elle est maintenant présente sur le continent africain, dans la ville de Kigali, au Rwanda précisement. Elle est une Organisation Non-Gouvernementale spécialisée dans l’éducation et la formation des personnes d’ascendance africaine où qu’elles soient. A Kigali par exemple, nous avons ouvert un ciné-club qui propose du contenu audio-visuel sur le thème de l’histoire et la culture des peuples d’Afrique dans un cadre de réflexion et de discussions.

Le logo du ciné club d’Elimu à Kigali

En attendant de nouveaux formats que nous mettrons en place pour diffuser les connaissances présentes dans le monde panafricain (Web TV, radio, maison d’édition …etc), restez connecté sur notre site, et nos réseaux sociaux !!

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